08/02/2012

"Engagés pour l'insertion" avec le Secours Catholique

 « Être près de ceux qui sont loin de tout »

Telle est historiquement la ligne d’action du Secours Catholique qui se décline selon différents axes d’intervention, en particulier l’Insertion par l’Activité Economique (IAE). En janvier 2011, l’organisation confiait à Vincent Godebout la responsabilité de sa nouvelle entité dédiée au développement de l’IAE et des partenariats RSE. Un an plus tard, le 3 février 2012, se tenait au siège d’AG2R La Mondiale, la première rencontre du réseau « Engagés pour l’insertion », un pacte visant à fédérer, à l’initiative du Secours Catholique, des acteurs de l’insertion et des entreprises désireux de s’engager ensemble et très concrètement sur le sujet.

 

« Agir pour l’insertion, une ambition à partager »

Pour démarrer la matinée et engager la dynamique, présentation d’une étude réalisée par le cabinet Volonteer : « Agir pour l’insertion, une ambition à partager ». Une enquête, qui selon ses auteures, Octavie Baculard et Amandine Barthelemy, se donne pour ambition de « mettre en lumière les expérimentations innovantes mais méconnues, d’explorer les possibilités de passerelles entre les structures d’insertion et les entreprises ainsi que de proposer des actions concrètes pour favoriser le développement du secteur, avec la contribution d’un acteur comme le Secours Catholique ».
Objectif atteint, l’étude s’appuie en effet sur des exemples de terrain, très concrets, et donne largement la parole à tous les acteurs du secteur, personnes salariées en parcours d’insertion, responsables de structures d’insertion, initiateurs en entreprises de passerelles avec ces structures, représentants de l’Etat, des collectivités, et des syndicats. Autant d’acteurs présents lors de la rencontre du 3 février, sur la tribune ou dans la salle, et qui n’ont pas hésité à prendre la parole pour apporter leurs témoignages, croiser leurs points de vue, exprimer leurs inquiétudes, avancer des idées, construire ensemble des solutions. 

 

Le Secours Catholique, un « incubateur d’entreprises sociales »
Dans ce secteur de l’IAE, dont l’étude révèle qu’il reste complexe, méconnu et fragilisé par une situation financière toujours très précaire, le Secours Catholique se positionne comme un acteur indépendant, innovant et fédérateur. Comme l’a rappelé François Soulage, son président, cet engagement s’appuie sur une conviction : « Il y a toujours des trésors de compétences enfouis au plus profond de chaque personne. Pour les découvrir, il faut tenter cette expérience volontaire de confiance ».

 

Résultat : le Secours Catholique a créé une plateforme coopérative pour l’emploi et l’économie solidaire qui agit aux côtés des personnes éloignées de l’emploi ou sur le chemin de l’exclusion : accompagnement individualisé des personnes, engagement pour l’inclusion bancaire, accompagnement à la création ou la reprise d’entreprise grâce au micro-crédit professionnel, engagement depuis 2004 sur la filière textile avec le réseau Tissons la Solidarité,  et aussi rôle d’ « incubateur d’entreprises sociales ».

 

Et c’est là une des grandes forces du Secours Catholique : les bénévoles et les salariés, parce qu’ils agissent au plus près du terrain, et qu’ils sont directement confrontés aux besoins non couverts, constituent un véritable « vivier de porteurs de projets ».
Quelques exemples pour illustrer ce phénomène : Luc Cousseau, bénévole à l’accueil d’Angers,  réalise à quel point il est indispensable d’avoir un véhicule pour conserver un emploi, surtout en zone rurale ; il imagine alors de créer Solidarauto, un garage solidaire. Charlotte Niewiadomski anime une activité de réparations de cycles dans un accueil de jour à Clichy la Garenne, et, forte de cette expérience, décide de lancer avec une équipe de bénévoles son propre projet, Bicyl’aide : un atelier de recyclage de vélos, qui emploie des personnes en insertion. Cette démarche ne date pas d’hier : l’Atelier d’Aubervilliers, l’imprimerie ALPE, l’Ilot, l’Atelier du Viaduc sont autant d’initiatives toujours en vigueur qui sont venues en leur temps combler un manque, apporter une réponse à un besoin très concret.

 

Et ça marche ! Ça marche parce qu’au-delà de la motivation et des compétences de ces porteurs de projets, le Secours Catholique fait le pari de la confiance sous forme d’un soutien : conseil et expertise pour monter le projet ; aide financière (sous forme d’avance de trésorerie par exemple) ; participation au Conseil d’Administration ; etc.
Aujourd’hui, le Secours Catholique accompagne plus de 150 structures d’insertion, ce qui représente 5 000 bénéficiaires, pour un budget de 35M euros. 

 

Et les personnes les plus éloignées de l’emploi ?
L’étude de Volonteer met en lumière une tendance jugée inquiétante : aujourd’hui, les aides de l’Etat sont conditionnées au taux de retour à l’emploi. Une approche qui néglige largement la dimension humaine de l’accompagnement, et qui pourrait pousser les structures à ne suivre que les personnes les plus aptes à trouver un emploi.

 

Dans un tel contexte, quelles perspectives pour ceux qui auraient le plus besoin de ce suivi ? Et quelles solutions pour les personnes qui n’ont pas repris le chemin de l’emploi au bout de deux ans (temps maximum d’un parcours d’insertion) ?
Comment éviter les rechutes, sortir de la spirale de l’échec, avoir un droit à l’erreur, pouvoir faire des allers-retours entre le monde de l’insertion et celui de l’emploi ? C’est pour répondre à ces questions qu’a été lancé le projet  expérimental EPIDA. Fruit d’un  partenariat entre le Secours Catholique, le Réseau Cocagne et Solid’action, il propose aux personnes les plus fragiles un parcours sur cinq ans, avec des points d’étape chaque année. Une initiative qui bénéficie du soutien de l’Etat, et de l’intérêt de Roselyne Bachelot, Ministre des Solidarités et de la cohésion sociale.

 

Mobiliser les entreprises autour des enjeux de l’insertion
Tous ces efforts en faveur de l’insertion ont une finalité : réinsérer les personnes sur le marché du travail et donc leur ouvrir les portes de l’entreprise.
Et c’est là un autre enseignement de l’étude de Volonteer : pour accomplir pleinement leur mission, les structures d’insertion ont besoin de mobiliser les entreprises autour des enjeux de l’insertion, de favoriser les échanges et la connaissance mutuelle, de construire des passerelles et des partenariats.

 

Une démarche qui peut émaner de l’entreprise, via sa direction ou ses collaborateurs. C’est ainsi qu’au sein du Groupe SEB, l’entité Tefal a choisi de soutenir en 2009 le développement d’une structure d’insertion, Eidra. Au départ, un constat : dans un contexte de crise, l’entreprise n’a plus les moyens de recruter dans son bassin d’emploi, comment alors peut-elle continuer à apporter sa contribution au développement du territoire ? Un questionnement qui coïncide avec la préoccupation grandissante autour de l’écoulement des ustensiles obsolètes. L’idée naît alors de créer Eidra, une structure dédiée au remontage et à la remise dans les circuits de ces obsolètes, qui se positionne comme prestataire de Tefal. L’entreprise n’a pas vocation à posséder Eidra, ni même à siéger à son Conseil d’administration. Mais plutôt lui proposer un accompagnement économique et humain (20 collaborateurs de l’entreprise apportent régulièrement leur soutien bénévole au projet, dans la gestion des RH en particulier). Et pour aller plus loin, dans le cadre d’un programme « Mieux-être en entreprise » monté avec des partenaires come Salomon, Tefal étudie la possibilité d’ouvrir des services de conciergerie en entreprise.

 

L’histoire de Tefal et Eidra constitue un exemple réussi d’une collaboration née de la rencontre des besoins de l’entreprise  et de ceux des publics en insertion, née aussi d’une culture d’entreprise tournée historiquement vers sa responsabilité sociétale.
Mais les freins au rapprochement entre les deux secteurs subsistent, bien souvent nés de l’ignorance, de la méfiance, de la peur.
C’est alors à chacun de faire un pas vers l’autre pour trouver ensemble un terrain commun d’action. A titre d’exemple citons, côté structures d’IAE, le réseau Tissons la Solidarité qui s’est progressivement spécialisé dans la sous-traitance pour l’industrie du luxe ; ou, côté entreprises, la Fondation Veolia Environnement qui accompagne le développement de structures d’insertion autour des métiers du recyclage notamment.

 

C’est aussi la mission que se donne le réseau « Engagés pour l’insertion », qui a identifié six grands axes d’action à déployer, assortis d’objectifs mesurables : les achats, la formation, le recrutement, le mécénat de compétences, l’épargne salariale solidaire et l’innovation.

 

Construire les réponses au plus près du terrain
Mais après ? Comment transformer l’essai et passer de l’insertion à l’emploi ? Comment convaincre l’entreprise de recruter des salariés issus de l’insertion ? Et surtout, une fois embauchés, quel accompagnement en entreprise pour ces travailleurs encore bien fragiles ? Une question très complexe, et qui renvoie à celle de l’autonomie de la personne.

 

Doit-on, comme le préconise Brigitte Ogée, directrice d’ALPE, maintenir l’insertion dans une logique de sas et miser sur la capacité de la personne à se prendre en charge elle-même à l’issue du parcours ? Un avis partagé par Mathieu Galand, directeur de Garrigues, qui tout en insistant sur le respect de la liberté de la personne, imagine des possibilités d’allers-retours entre l’entreprise et la structure d’insertion.
Doit-on plutôt prévoir des dispositifs de tutorat en entreprise, comme le souhaite Françoise Bouchaud, chef de projet EPIDA ? Mais attention, avertit Alain Poncet, directeur de Solid’action, les entreprises sont assez réticentes sur cet accompagnement personnalisé.
Enfin, le salarié accompagné ne risque-t-il pas d’être stigmatisé par ses collègues ? Ne préfère-t-il pas rester dans l’anonymat au risque de s’y perdre ?

 

Autant de questions dont les réponses, si elles ont besoin d’être validées par des textes juridiques, se construisent néanmoins sur le terrain, au cas par cas, dans le dialogue entre les parties prenantes.
C’est bien cette dynamique de co-construction des réponses au problème de l’insertion des personnes éloignées de l’emploi qui a été mise en œuvre lors de la rencontre du 3 février.

 

Pour clore la matinée, François Soulage, président du Secours Catholique a remis leurs prix aux heureuses lauréates du « Tour de France des confitures », un concours co-organisé par les départements IAE et Mécénat du Secours Catholique, le Groupe SEB et l’Atelier des chefs. Ce fut un grand moment que de partager la joie, l’émotion et la fierté de ces femmes, qui n’auraient jamais imaginé être un jour primées officiellement pour des talents et savoirs-faires dont elles ignoraient qu’ils étaient un trésor…

 

Anne Cormier

 

 

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